Portrait de Corinne, écrit par Nathalie en février 2010 

« Le voyage inattendu »


Corinne  a appris qu’elle avait un cancer en mai 2005 à 42 ans.

En ce printemps 2005, Corinne a  une sacrée envie de voyage.

« J’avais prévu que nous partions tous les 4, mes  filles , mon mari et  moi, en Indonésie pendant deux mois. Alors, j’ai décidé un check up pour tout le monde ». A commencer par elle, surtout  que, depuis quelques jours, une petite boule est apparue sous le bras. 

« Oui, elle était là, je la sentais en me douchant mais c’est lorsque je suis allée chez le médecin que j’ai vraiment réalisé sa présence. Ma gynéco m’a prescrit une mammographie. J’y suis allée sans penser un instant que je pouvais avoir un cancer. »

Corinne  n’a pas imaginé de case « cancer » dans son emploi du temps. Cette jeune femme blonde aux yeux bleus, tonique,  toujours impeccable, est à l’époque une redoutable organisatrice. Elle travaille dans le tourisme, monte des dossiers, prévoit, anticipe, s’ingénie à avoir mille idées à la seconde. Chez elle, idem. Elle est « la femme orchestre » : ménage, courses, repassage, aiguillon inlassable pour le travail scolaire des filles, et animatrice des week-end entre copains avec un petit pique-nique par-ci et une randonnée par-là. « J’étais dans l’action, dans le faire, je m’épuisais. Mon corps a dit STOP».

Le jour où le radiologue commence doucement à la préparer aux «  90% de risques » que ce soit un cancer, Corinne n’entend pas. Toujours aussi sourde devant l’oncologue qui lui impose un rendez-vous urgent : « Je  lui ai répondu que je ne pouvais pas, que j’avais une réunion très  importante pour le  boulot ce jour-là. Il  a fallu qu’il me dise fermement. Madame, un cancer, on peut en mourir. J’ai éclaté en sanglots. Je suis alors entrée dans le monde des malades. »

A partir de cet instant, Corinne embarque pour un long voyage.

Ce n’est pas celui qu’elle avait prévu. Opérations, chimio, perruque « même la nuit et l’été. Je transpirais, ça grattait mais je la gardais ». Fatigue, tristesse et sursaut.

« Ma fille aînée a été très dure. Un jour, je me suis fâchée et je lui ai répondu que je n’avais pas fait exprès d’être malade et que si elle était malheureuse, je ne pouvais rien  pour elle. A partir de là, elle a été adorable. » Corinne accepte, alors, l’aventure dans le monde des malades.

Elle achète des dizaines de livres sur le développement personnel, la confiance en soi, va au cinéma avec ses copines, monte la Rhune et s’envole avec sa famille pour l’Irlande et le Sénégal. «J’ai connu le pire. Je ne suis plus la même qu’avant. La vie est plus facile aujourd’hui. Je délègue et je ne m’embarrasse plus des contingences matérielles. »

Mais , Corinne n’oublie pas « le monde des malades ». Elle sait, à tout moment,  refranchir le Styx du cancer pour tendre la main et rassurer ceux qui sont encore dans le « voyage inattendu » de la maladie.

 Nathalie Bagdassarian

Nathalie Bagdassarian, une journaliste dans l’équipe…

Pour présenter les auteurs du blog, nous avons fait appel à une journaliste professionnelle, Nathalie Bagdassarian. Nathalie travaille pour la radio France Bleu Pays Basque, elle présente le journal. Elle est membre actif de l’association « Mieux vivre mon cancer » et  accepte de mettre ses talents de journaliste au service de l’association. C’est elle qui redige les portraits des membres de « Mieux vivre mon cancer » avec son ressenti de journaliste, son coeur et ses émotions…